Soupçon de traite d’êtres humains : tous les passagers entendus par des juges à l’aéroport de Vatry

Soupçon de traite d'êtres humains : tous les passagers entendus par des juges à l'aéroport de Vatry

Quatre juges des libertés et de la détention (JLD) sont mobilisés à partir de dimanche pour entendre l’ensemble des passagers du vol immobilisé depuis trois jours à l’aéroport de Vatry dans la Marne. Alertées par un signalement anonyme, les autorités françaises soupçonnent ces voyageurs de nationalité indienne d’être victimes d’un réseau de trafic d’êtres humains. 

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Un marathon judicaire inédit a débuté, dimanche 24 décembre, à l’aéroport de Vatry (Marne), avec l’ouverture des audiences sur le maintien en zone d’attente des passagers indiens du vol immobilisé depuis jeudi par les autorités françaises sur des soupçons de traite d’êtres humains.

Quatre juges des libertés et de la détention (JLD) sont mobilisés pour l’occasion. Ils ne disposeront que de deux jours pour voir tous les passagers qui leur seront présentés, parmi les 303 du vol, puis de 24 heures pour statuer sur leur sort.

« L’objectif, c’est de se mettre en capacité de voir tout le monde », a expliqué à l’AFP Annick Browne, procureure de la République de Châlons-en-Champagne.

Cette organisation d’envergure à la veille de Noël, qui mobilise également des avocats, des greffiers et des traducteurs, est rendue indispensable par la loi : dans un cas comme celui-ci, le maintien maximal en zone d’attente par la police aux frontières est de quatre jours. Au-delà, il est nécessaire qu’un JLD prolonge ce délai, de huit jours maximum dans un premier temps puis, à titre exceptionnel, de huit jours supplémentaires.

Or, les derniers passagers à avoir été placés dans la zone d’attente pour étrangers, créée au sein du hall d’accueil de l’aéroport, l’ont été dans la nuit de jeudi à vendredi.              

Signalement anonyme

Ces audiences sont organisées dans un bâtiment voisin de ce hall, autour duquel ont été installées des bâches blanches pour éviter les regards indiscrets, a constaté une journaliste de l’AFP.

Les 303 passagers indiens du vol opéré par la compagnie roumaine Legend Airlines entre Dubaï (Émirats arabes unis) et Managua, capitale du Nicaragua, sont confinés depuis jeudi après-midi, après l’immobilisation de leur Airbus A340 venu à Vatry, à 150 km de Paris, pour faire le plein.

Mais ce qui ne devait être qu’une escale technique s’est transformé en longue immobilisation après un « signalement anonyme » selon lequel des passagers étaient « susceptibles d’être victimes de traite des êtres humains » en bande organisée, a indiqué le parquet de Paris à l’AFP vendredi.

Selon une source proche du dossier, ces Indiens, probablement des travailleurs aux Émirats arabes unis, pourraient avoir planifié de se rendre en Amérique centrale afin de tenter ensuite d’entrer illégalement aux États-Unis ou au Canada.

Parmi eux figurent onze mineurs non accompagnés, selon le parquet de Paris.

L’enquête, menée par la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), vise à « vérifier si des éléments viendraient corroborer » les soupçons de traite d’êtres humains, selon le parquet.

Dix demandes d’asile déposées

Deux gardes à vue débutées vendredi ont « été prolongées samedi soir, pour une durée maximale de 48 heures », a indiqué le parquet de Paris à l’AFP, « afin de vérifier » si le rôle de ces deux personnes « a pu être différent de celui des autres ».

Dix demandes d’asile avaient par ailleurs été déposées samedi en fin d’après-midi, selon une source proche du dossier.

Après trois nuits sur place, « c’est sûr que c’est long » et « forcément frustrant », reconnaît Patrick Jaloux, président de la protection civile de la Marne.

Pour s’occuper, les passagers, dont certains s’expriment en hindi et d’autres en tamoul, « parlent beaucoup avec leurs familles au téléphone » et « jouent entre eux » dans les zones de jeu déployées par la protection civile, ajoute-t-il.

La préfecture de la Marne précise que des lits individuels, des toilettes et des douches ont été installés, ainsi qu’une « zone famille pour assurer l’intimité parent-enfant ».

Les trente membres d’équipage concernés soit par la liaison Dubaï-Vatry, soit par le trajet Vatry-Managua, ont été « autorisés à repartir librement », a assuré à l’AFP Liliana Bakayoko, qui se présente comme l’avocate de la compagnie aérienne.

D’après le site spécialisé Flightradar, Legend Airlines est une petite compagnie dont la flotte est composée de quatre avions.

Avec AFP

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