Sébastien Desabre, sélectionneur des Léopards : « Nous avons repositionné la RD Congo en Afrique »

Sébastien Desabre, sélectionneur des Léopards : "Nous avons repositionné la RD Congo en Afrique"

De nos envoyés spéciaux à Abidjan – Sélectionneur de la RD Congo, Sébastien Desabre est l’architecte du renouveau des Léopards. Alors que les Congolais affronteront l’Afrique du Sud samedi pour monter sur le podium de la CAN 2024, il tire un premier bilan, pour France 24, de l’épopée ivoirienne et de ses projets pour la CAN 2025 et la Coupe du monde 2026. Entretien.

 

Personne n’attendait la RD Congo aussi haut à la CAN 2024. Et pourtant, les Léopards se sont hissés jusqu’au dernier carré, s’inclinant en demi-finale contre la Côte d’Ivoire. Une performance qui consacre le renouveau du pays le plus peuplé d’Afrique francophone sur la scène footballistique continentale et qui doit beaucoup à son sélectionneur, Sébastien Desabre.

Arrivé en août 2022, le Français a redressé une RD Congo en perdition. Depuis sa prise de pouvoir, Sébastien Desabre a considérablement rajeuni le groupe. Il ne reste que trois joueurs de la dernière participation des Léopards à la Coupe d’Afrique des nations : les leaders Cédric Bakambu et Chancel Mbemba, et le défenseur Arthur Masuaku. Et les résultats ont suivi : une qualification sur le fil pour la CAN 2025 et une épopée en Côte d’Ivoire qui a permis aux joueurs congolais de regagner l’amour de leur peuple.

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Malgré la déception de la défaite en demi-finale, Sébastien Desabre espère encore rapporter une médaille de bronze à son pays d’adoption. Et il se projette déjà sur l’après : la CAN 2025 et la Coupe du monde 2026, qui sont ses véritables objectifs avec les Léopards. Entretien à quelques heures de la « petite finale ».

France 24 : Comment gère-t-on la déception propre à une élimination en demi-finale pour repartir à la conquête de la troisième place ?

Sébastien Desabre : On a essayé d’évacuer la déception le plus rapidement possible, même si c’est difficile, parce qu’on était au pied de la dernière marche. Mais il faut se remobiliser. Il y a une médaille de bronze à aller chercher dans une très belle compétition.

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On va sans doute régénérer un petit peu l’équipe pour apporter de la fraîcheur physique et mentale, et on se lancera dans la bataille.

Quel est le bilan de cette CAN 2024 ?

C’est une satisfaction d’être arrivé à cette étape de la compétition. Au départ, on se projetait davantage sur la CAN 2025 car je ne suis aux commandes de la sélection que depuis un an et demi.

J’étais déjà très content de la qualification pour cette CAN. En tant que sélectionneur, cela permet d’avoir les joueurs plus de temps, de les connaître mieux, de mettre en place des principes de jeu sur la durée. On en est à notre cinquième semaine tous ensemble. C’est comme si on avait fait une année avec une sélection nationale puisqu’on a seulement cinq rassemblements dans une année. Il y avait 20 joueurs au départ qui découvraient la compétition. Ils ont acquis une certaine forme d’expérience qui nous servira pour le futur.

Une supportrice congolaise lors du match contre la Côte d'Ivoire
Une supportrice congolaise lors du match contre la Côte d’Ivoire © LauraMoussetDiallo

 

Nous avons aussi repositionné le Congo à sa juste valeur au niveau de l’échiquier africain. Ensuite, il y avait aussi un petit désamour du public envers la sélection. Mais je pense qu’on a su fédérer et cela va m’autoriser à tenter des choses pour poursuivre le renouveau.

Il y a quelques jours, vous avez eu cette expression : « Ce n’est pas la CAN des surprises mais celle du travail. » Est-ce que ce n’est pas aussi la « CAN des sélectionneurs » quand on voit les parcours des entraîneurs du dernier carré ?

Le sélectionneur, c’est le guide, mais on a une équipe et un staff autour de nous. Pour la RD Congo, j’ai 19 personnes dans mon staff. On a bien travaillé au niveau médical et au niveau de l’alimentation, et nous n’avons pas eu beaucoup de blessés.

Le moteur de tout, ce sont les joueurs. Nous avons la chance d’avoir ces joueurs qui sont très professionnels et très impliqués. C’est un tout !

Dans cette CAN, il y a eu des surprises parce qu’il y a des gros qui sont tombés assez rapidement dans la compétition. Mais s’ils sont tombés, c’est qu’il y a des équipes qui les ont battus. Et si ces équipes les ont battus, c’est qu’elles avaient de la qualité et donc elles ont bien travaillé. L’écart se réduit, ce qui va pousser les grosses équipes à être encore plus performantes.

Vous êtes un vrai connaisseur du football africain. Vous avez entraîné de nombreux clubs du continent et avez également guidé l’Ouganda en 2019 à la CAN. Qu’est-ce que vous apporte cette longue expérience du continent ?

C’est une alchimie à faire. Il faut faire l’amalgame entre les joueurs locaux, ceux qui sont nés au pays et qui poursuivent leur carrière dans des grands clubs européens et les binationaux. C’est la même chose au niveau du staff : il y en a qui viennent d’Europe, d’autre qui sont locaux. C’est une synergie de travail à trouver. Quand vous l’avez trouvée, vous pouvez aller très loin.

Mais c’est un équilibre qui reste fragile malgré tout parce qu’il y a des éléments externes qui peuvent tout perturber. Au Congo, nous sommes beaucoup suivis par la presse locale et par les fans, et ainsi de suite. On doit maîtriser la communication notamment via les médias et les réseaux sociaux.

Ce sont des aspects qu’il faut connaître en Afrique parce qu’aujourd’hui, c’est presque central. Pour ma part, je trouve que c’est trop central par rapport au jeu mais il faut savoir le gérer. À notre niveau, on a beaucoup d’expérience. On s’est trompés beaucoup de fois, ce qui nous a permis de corriger et d’être meilleurs. C’est comme ça, on a acquis de l’expérience.

Quelles sont les changements que vous avez mis en place ?

Je suis manager-sélectionneur, c’est-à-dire que je valide tous les aspects autour de la sélection. On a mis en place une organisation qui nous permet d’être moins perturbés dans notre travail au quotidien.

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Désormais, nous sommes une sélection totalement professionnelle. Ça a pris un peu de temps. L’objectif, c’était d’attirer deux ou trois joueurs dans ce système pour qu’ils puissent voir la professionnalisation… Et après, les joueurs de la diaspora sont tous connectés. La plus grande satisfaction, c’est que désormais les agents ou des joueurs de très bon niveau nous appellent directement pour manifester leur intérêt pour la sélection. Il y a un an et demi, c’était nous qui allions les démarcher.

Il faut quand même rappeler que la RD Congo avait fait des bons résultats avant. Ils perdent en barrage pour le Mondial-2022 contre le Maroc après avoir terminé premiers de leur groupe. Le Congo n’a pas attendu Sébastien Desabre pour avoir des résultats. Il y avait un potentiel avec des joueurs cadres totalement impliqués.

Vous êtes venu à la CAN 2024 pour savoir où vous en étiez, vous repartez avec une place dans le dernier carré : qu’est-ce que ça change pour votre feuille de route ?

Ça va l’impacter. Nous sommes en avance. On va tranquillement faire le bilan et voir ce qu’on peut bonifier, ce que ça peut nous apporter dans l’immédiat.

La course à la qualification à la Coupe du monde 2026 est folle. Elle se fait sur deux ans et demi. On va avoir un match au mois de juin au Sénégal et la réception du Togo. Ce Mondial, c’est un objectif mais on a hérité au tirage d’une des meilleures équipes d’Afrique, le Sénégal. Donc nous ne sommes pas favoris. On avait bien démarré, on a eu un petit accroc contre le Soudan. Maintenant, c’est dix matches, il en reste huit. Donc, on pense que c’est jouable.

Mais on attend aussi avec impatience le tirage au sort de la prochaine CAN. La qualification va se jouer entre septembre et novembre, sur un temps très court.

Donc l’objectif Coupe du monde est important sur la durée mais il va falloir se préparer pour être performants dès septembre, pour être au Maroc et performer.

Les vidéos de l’entretien seront diffusés dans le JT de la CAN

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