« On ne veut pas la Lune, on veut juste vivre » : que reste-il de la Marche des Beurs, il y a 40 ans ?

"On ne veut pas la Lune, on veut juste vivre" : que reste-il de la Marche des Beurs, il y a 40 ans ?

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Il y a quarante ans, le 15 octobre 1983, une poignée de jeunes partait de Marseille dans l’indifférence générale. Le groupe entamait une longue marche jusqu’à Paris pour réclamer l’égalité des droits et dire stop aux crimes racistes, qui se multipliaient alors dans l’Hexagone. France 24 vous propose un document exceptionnel d’une durée de 50 minutes pour revenir sur cet épisode historique et sur son héritage, quarante ans après.

Avant de battre le pavé pacifiquement, lors d’une marche inédite pour l’égalité des droits et contre le racisme, la jeunesse issue de l’immigration avait crié sa détresse et sa rage, notamment lors des premières émeutes de 1981 dans la banlieue lyonnaise. Après une énième bavure policière, les jeunes décidèrent d’entamer une marche jusqu’à Paris, le 15 octobre 1983.

Les marcheurs étaient majoritairement des enfants de travailleurs immigrés. Ces travailleurs qu’on imaginait retourner dans leurs pays d’origine, après avoir écumé les usines et les chantiers de France… Cette année-là, cette « deuxième génération », comme on l’appelle alors, faisait une entrée tonitruante dans l’espace politique et médiatique français.

Les jeunes, qui n’étaient qu’une poignée à leur départ de Marseille, arrivèrent triomphalement dans la capitale sept semaines plus tard, le 3 décembre 1983, après avoir traversé cinquante villes de France. Ils étaient désormais suivis d’une centaine de milliers de manifestants. Dans l’euphorie, une délégation était reçue par le président socialiste d’alors, François Mitterrand. Alors que les marcheurs rêvaient d’un nouveau monde, l’espoir a rapidement cédé la place au désenchantement de toute une génération. 

Si certains sociologues ont qualifié la marche de « Mai-68 de l’immigration », elle est pourtant tombée peu à peu dans l’oubli, effacée, entre autres, par l’activisme de l’association SOS Racisme, mais surtout par la crise toujours plus profonde qui a gagné les banlieues françaises. Inégalités, racisme, chômage, pauvreté, qui font aujourd’hui le lit du repli identitaire.

Nos reporters Karim Yahiaoui et Jonathan Walsh ont retrouvé Djamel, Farid, Marilaure et Toumi, acteurs de cette marche historique. Ces marcheurs, héros de toute une génération d’immigrés et d’enfants d’immigrés, se penchent sans concessions sur leur initiative qui a secoué la société française, mais aussi sur l’évolution du paysage social du pays.

Les marcheurs d’hier portent un regard souvent amer sur les manquements, les échecs, les promesses non tenues des politiques et sur l’enfermement dans lequel vivent encore, trop souvent, les habitants des quartiers populaires. Quarante ans après, celle que les médias ont rapidement qualifiée de « Marche des Beurs » résonne plus que jamais dans cette société française traversée par de multiples fractures, où si peu de choses ont changé.

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