L’absence de prison dans le Gers pèse sur la chaîne judiciaire


l’essentiel
Le Gers est l’un des deux seuls départements français à ne pas avoir de maison d’arrêt. Une situation qui impose d’importantes contraintes logistiques à l’appareil judiciaire et aux proches des détenus.

Cela fait partie des spécificités de notre département. Mais pas forcément des fiertés. L’exception remonte au milieu des années 60. Située derrière le tribunal, la maison d’arrêt et de correction d’Auch fonctionne à cette époque en sous-régime en raison d’une délinquance plutôt faible. De ce fait, sa fermeture est décidée en 1966. Dix ans plus tard, la prison deviendra le Centre des finances publiques. Aucun projet de construction n’a été entrepris depuis, malgré la hausse notable des chiffres de la délinquance, faisant du Gers le seul département en France, avec le Lot, à ne pas être doté d’une maison d’arrêt.

À défaut de l’être ici, les détenus gersois en milieu fermé* se retrouvent donc incarcérés dans les prisons des départements voisins, majoritairement dans le Lot-et-Garonne (Agen et Villeneuve-sur-Lot) mais aussi le Tarn-et-Garonne (Montauban), la Haute-Garonne (Seysses) ou encore les Landes (Mont-de-Marsan) et les Hautes-Pyrénées (Tarbes). À plus d’une heure de route d’Auch en somme, dans le meilleur des cas. Ils peuvent parfois même se retrouver plus loin, à Pau (Pyrénées-Atlantiques) par exemple, deux personnes condamnées dans une même affaire ne pouvant pas être incarcérées dans la même prison, ou même à Lavaur (Tarn) pour les mineurs.

« Un client incarcéré qui est à l’aide juridictionnelle, son avocat ne peut pas aller le voir »

Cette situation n’est évidemment pas des plus faciles à gérer pour l’ensemble de la chaîne judiciaire gersoise. « Cela peut poser des difficultés en termes de déplacement, par exemple dans le cas d’une personne conduite du tribunal judiciaire d’Auch à la prison d’Agen suite à une comparution immédiate, ou dans le cas contraire lorsqu’un détenu est extrait de la prison d’Agen pour comparaître au tribunal d’Auch », précise ainsi le procureur de la République Jacques-Edouard Andrault.

Pour chaque transfert ou extraction, un détenu nécessite en général une escorte de deux ou trois gendarmes, voire davantage en fonction de sa dangerosité. Une estafette peut ainsi se retrouver mobilisée plusieurs heures en fonction de la distance à parcourir. « Cela génère du temps de travail et un surcroît d’activité pour le personnel pénitentiaire et les gendarmes », confirme le procureur. « Certes, la distance est gênante mais c’est quelque chose qui est bien intégré dans nos équations », nuance tout de même le colonel Sébastien Mahey, à la tête du groupement de gendarmerie du Gers.

L'avocat François Roujou de Boubée juge « incompréhensible » l'absence de maison d'arrêt dans le département.
L’avocat François Roujou de Boubée juge « incompréhensible » l’absence de maison d’arrêt dans le département.
DDM – DDM NEDIR DEBBICHE

Au-delà des contraintes logistiques qu’ils imposent à l’ensemble de la chaîne judiciaire (forces de l’ordre, service pénitentiaire d’insertion et de probation, juge d’application des peines…), ces longs déplacements peuvent aussi mettre à mal l’équité des justiciables. « Un client qui est à l’aide juridictionnelle, quand il est incarcéré, son avocat ne peut pas aller le voir. L’avocat ne va pas aller à la maison d’arrêt tous les quinze jours quand il n’est absolument pas indemnisé pour ses déplacements. Une heure aller plus une heure retour et une heure sur place, c’est trois heures de temps et des kilomètres, tout ça à nos frais. Donc on ne le fait pas… », témoigne Sandra Vazquez, avocate au barreau du Gers.

Pour son confrère François Roujou de Boubée, cette situation n’est tout simplement pas acceptable. « C’est incompréhensible, mais le Gers est un département pauvre donc ça ne m’étonne pas tant que ça qu’on n’y construise pas de maison d’arrêt. C’est une justification pécuniaire mais c’est une justification comme une autre », regrette-t-il.

L’absence de prison dans le Gers est d’autant plus difficile à comprendre à la lumière des derniers chiffres publiés par le ministère de la justice, faisant état d’une augmentation de la population carcérale en France (+10,8 % sur l’année 2021) et d’une densité carcérale atteignant les 114 % (132 % pour la maison d’arrêt pour hommes d’Agen). « Il y aurait une certaine logique à ce qu’il y ait une prison dans le département par rapport à l’activité de notre tribunal, d’autant plus depuis la dernière loi dite de confiance dans l’institution judiciaire, qui permet au juge d’instruction d’Auch d’instruire depuis décembre certaines affaires criminelles, observe le procureur Jacques-Edouard Andrault. Cette nouveauté législative pourrait amener à ce que le juge voit augmenter le nombre de détenus. » Et donc, mécaniquement, le nombre de kilomètres à parcourir pour leurs familles, mais aussi pour les gendarmes et les avocats.

(*) On recense par ailleurs 520 gersois détenus en milieu ouvert.
De nombreux gersois sont incarcérés au centre de détention d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot.
De nombreux gersois sont incarcérés au centre de détention d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot.
DDM – DDM LAURENT LASSERRE

Camille, compagne d’un détenu, doit limiter le nombre de ses visites

Les premiers à pâtir de l’absence d’une maison d’arrêt dans le Gers sont les proches des détenus. L’exemple de Camille est à ce titre éloquent. Cette jeune gersoise de 21 ans ne compte pas ses heures ni son argent depuis la détention de son compagnon de 26 ans dans le Lot-et-Garonne. Incarcéré en août dernier à la maison d’arrêt d’Agen, ce dernier a été transféré par la suite au centre de détention d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot. Un moindre mal, à en croire sa compagne. « À Agen, je n’ai pas eu de parloir, c’était très compliqué, ils ne répondaient pas à temps. Là-bas, ils sont huit détenus par cellule, alors que normalement c’est six. Ils sont débordés. À Villeneuve, il n’y en a qu’un », témoigne-t-elle.

Si les conditions de détention de son compagnon sont nettement plus confortables, Camille doit tout de même rouler deux heures en moyenne pour lui rendre visite, après avoir quitté son domicile situé dans l’est du Gers. Entre le trajet aller et le retour, en y ajoutant la durée de la visite (45 minutes au parloir environ), elle consacre donc au bas mot une demi-journée ainsi qu’un budget conséquent, surtout au vu de la récente augmentation des prix des carburants. Tout sauf une peccadille pour cette jeune mère de famille. « C’est très compliqué sur le plan financier pour s’organiser. En plus j’ai un enfant de 2 ans donc il faut que je le fasse garder une journée entière », souligne-t-elle.

Face à cette situation, la Gersoise n’a d’autre choix que de limiter ses visites. « Je ne peux pas y aller tous les week-ends. C’est trop loin et les frais de gasoil, c’est trop cher. » Inutile donc de lui demander si l’absence d’une maison d’arrêt dans le Gers lui est préjudiciable, ainsi qu’à son compagnon, qui ne peut la voir que deux fois par mois. « Ils ont besoin d’avoir de la visite pour leur faire changer les idées. Je ne trouve pas ça normal qu’il n’y ait pas de prison ici », regrette-t-elle.

Source: https://www.ladepeche.fr/2022/02/16/gers-labsence-de-prison-dans-le-departement-pese-sur-la-chaine-judiciaire-10115063.php


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