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Convoi de la liberté : la saison 2 des Gilets jaunes ?

l’essentiel
Les « convois de la liberté » qui convergent vers la capitale pour la bloquer en guise de protestation contre les restrictions sanitaires et le pass vaccinal, rappellent le mouvement des Gilets jaunes de 2018. Inspiré des routiers canadiens qui assiègent Ottawa, ce mouvement reste pour l’heure embryonnaire mais interpelle les politiques à deux mois de la présidentielle.

Le « convoi de la liberté » canadien, peut-il faire tache d’huile ailleurs dans le monde, comme le proclame la passionaria québécoise des 400 à 500 routiers qui bloquent la capitale fédérale Ottawa depuis le 29 janvier ? Ce mouvement de grogne contre les restrictions sanitaires prises par le gouvernement de Justn Trudeau pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, et plus particulièrement contre le pass vaccinal obligatoire pour franchir la frontière, peut-il se dupliquer tel quel d’un pays à l’autre ?

Des similitudes avec les Gilets jaunes de 2018

Cette question se pose désormais dans plusieurs pays qui, ces derniers mois, ont vécu des manifestations d’anti-vaccins et d’anti-pass, notamment en Nouvelle-Zélande – où les forces de l’ordre sont intervenues hier pour démanteler un campement impromptu installé près du Parlement à Wellington – et surtout en France. Plus de trois ans après le mouvement des Gilets jaunes, les « convois de la liberté » qui se sont élancés sur les routes ces dernières heures pour bloquer Paris ce week-end, laissent imaginer pour certains une saison 2 de ce mouvement social qui a profondément marqué le quinquennat d’Emmanuel Macron.

On est bien sûr très loin du spectaculaire blocage canadien où les routiers, souvent propriétaires de leur camion, sont soumis à des restrictions sanitaires très différentes de celles qui existent en France. Dans les convois français qui convergeaient hier vers la capitale, quasiment pas de poids lourds mais des voitures particulières. Il existe toutefois de nombreux points communs sur la forme et le fond. Les convois français, s’ils sont spontanés, sont bien structurés, bien organisés, les participants se retrouvant sur plusieurs groupes Facebook de plus de 340 000 membres – comme au temps des Gilets jaunes – mais aussi sur des canaux publics et privés de la messagerie sécurisée Telegram. Les participants dans les convois restent aussi en contact via Zello, une application de talkie-walkie cryptée popularisée par les routiers canadiens des Freedom Convoy.

L’envie de «tout bloquer»

Parmi les 1600 participants comptabilisés hier par la police, on retrouve des Gilets jaunes, mais aussi des militants de mouvements d’extrême droite, des anti-vax et des anti-pass, même si ceux qui se sont exprimés dans les médias refusent ces étiquettes. On a même vu émerger de nouvelles figures sur les réseaux sociaux. À l’instar de Jacline Mouraud ou Jérôme Rodrigez en 2018, un certain Rémi Monde a ainsi fait le buzz dans une vidéo.

Sur la forme, les revendications sont très diverses, disparates, mouvantes. Les restrictions sanitaires, le pass vaccinal sont évidemment dénoncés comme ils le sont au Canada, mais cette opposition est fragilisée au fur et à mesure de l’entrée en vigueur des allègements programmés par le gouvernement ce mois-ci ou par les annonces du Pr Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, qui voit la fin du pass vaccinal « fin mars début avril ». Dès lors, les demandes des participants aux convois ciblent la hausse des prix des carburants, le coût de la vie et plus généralement expriment une colère, un ras-le-bol, l’envie de « tout bloquer », de gripper un système démocratique dans lequel ils ne se reconnaissent pas.

Pour l’heure, le gouvernement observe ce mouvement qui se targue d’être mesuré et bon enfant mais qui pourrait déraper pour un rien. « Nous prenons les choses au sérieux, ce qui est certain c’est que nous mettons les moyens de renseignement et d’action si jamais des gens voulaient bloquer la liberté des uns et des autres, surtout un accès à la capitale », avait déclaré le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avant que l’on apprenne hier que le préfet de police de Paris, peu connu pour sa pondération, n’interdise de vendredi à lundi les convois pour « risques de troubles à l’ordre public ».

«Le convoi de la honte et de l’égoïsme»

Le préfet Lallement prévoit un « dispositif spécifique […] pour empêcher les blocages d’axes routiers, verbaliser et interpeller les contrevenants » et a donné « des consignes de fermeté » aux policiers. Pas de quoi décourager les manifestants qui envisagent de garer leur voiture et manifester à pied… Les autorités belges ont de leur côté annoncé interdire l’accès à Bruxelles au convoi français, qui souhaite toujours rallier lundi la capitale belge, siège des institutions européennes.

Reste qu’à deux mois de l’élection présidentielle, ce mouvement interpelle directement la classe politique et les candidats, dont certains nourrissent à son égard des arrière-pensées très intéressées… Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont ainsi apporté leur soutien, le patron des députés Les Républicains Damien Abbad aussi, y voyant des convois « de l’oppression », quand l’écologiste Sandrine Rousseau estime que « c’est un mouvement qu’il faut entendre ». Dans la majorité seul le ministre Clément Beaune est monté au créneau estimant que « ce n’est pas le convoi de la liberté. C’est le convoi de la honte et de l’égoïsme. Ce ne sont pas des patriotes, ce sont des irresponsables. »
 

Source: https://www.ladepeche.fr/2022/02/10/convoi-de-la-liberte-la-saison-2-des-gilets-jaunes-10102189.php

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