Les JO de Paris, un casse-tête annoncé pour les usagers des transports en commun

Les JO de Paris, un casse-tête annoncé pour les usagers des transports en commun

Pendant toute la durée des Jeux olympiques, les habitants de la région Île-de-France devront adapter leurs déplacements, les transports s’annonçant bondés sur certaines lignes. Beaucoup, notamment en banlieue, ne pourront cependant pas changer leurs usages.

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Prendre son vélo, marcher, télétravailler ou même quitter Paris. Les Franciliens sont prévenus, il faudra adapter ses usages pour soulager les transports pendant les Jeux olympiques. Ces injonctions ne s’adressent pourtant qu’aux plus privilégiés, nombre d’usagers n’ayant pas le luxe de ces options.

« Il ne faut pas avoir peur de faire un peu de marche, c’est bon pour la santé. » La phrase de la présidente (Les Républicains) de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a soulevé quelques sourcils lundi 25 mars lors de la présentation du plan de transport détaillé des Jeux olympiques.


À gauche, des élus de la région ont pointé du doigt une forme de déconnexion par rapport aux habitants de la lointaine banlieue, obligés de venir travailler à Paris. Du côté de Valérie Pécresse, on défend une parole de bon sens, puisque « un tiers des visiteurs des Jeux auront entre 25 et 35 ans, donc on espère qu’entre 25 et 35 ans, on peut de temps en temps prolonger le trajet à pied ».

Desservir Roland-Garros et le Parc des Princes simultanément

Pour les usagers du quotidien, les situations sont cependant très contrastées dans la région capitale. De nombreuses lignes seront surchargées, voire déconseillées certains jours, au risque de devoir attendre plus de 15 minutes sur des quais bondés avant de monter dans la rame.

La ligne 10 du métro, qui traverse les beaux quartiers parisiens et achève sa course dans la très chic commune de Boulogne-Billancourt, est de celles-là. Avec la 9, elle n’est pas dimensionnée pour desservir Roland-Garros et le Parc des Princes simultanément, où se dérouleront des épreuves de tennis, boxe et football.

« J’appréhende beaucoup parce que ça va être un cirque indescriptible », anticipe Arthur Poly, enseignant-chercheur de 36 ans en attente de son métro à la station Motte-Picquet-Grenelle, dans le 15e arrondissement.

Le métro à Paris, le 10 janvier 2020. © Martin Bureau, AFP

Il sera contraint de travailler pendant la période de compétition (26 juillet au 11 août). Sa solution pour éviter le « capharnaüm » annoncé ? « Plutôt la marche, je peux avoir des horaires que je décide, donc je peux me permettre de prendre du temps et marcher, ce qui me fera du bien », concède cet habitant du 5e arrondissement.

Marie-Claude, retraitée de 73 ans et usagère régulière de la ligne 10, se rendra dans sa maison de vacances, en Loire-Atlantique. Pour Coline, qui travaille dans la cybersécurité, « c’est le télétravail qui nous est recommandé », assure-t-elle. « Il faudra peut-être en faire un peu plus que d’habitude », mais elle se réserve la possibilité d’aller travailler en dehors de Paris, « si j’en ai marre d’être chez moi ».

« Déjà sans les JO, la ligne 13 est bondée »

Plus au nord, l’ambiance change radicalement sur la ligne 13. L’éternelle ligne malade et surchargée du réseau dessert des quartiers populaires de Seine-Saint-Denis et, surtout, le Stade de France, qui se remplira et se videra jusqu’à trois fois par jour pendant les JO. Là aussi, les travailleurs du quotidien sont invités à éviter de l’emprunter.

« Quitter Paris pendant les JO ? Mais pour aller où ? », s’étonne Christian Boukassa lorsqu’on lui pose la question sur le quai de la station La Fourche. Cet ouvrier du bâtiment de 43 ans habite en lointaine banlieue, et met 45 minutes tous les jours pour se rendre sur son chantier, à Saint-Denis.

La station de métro La Fourche à Paris, le 24 avril 2020.
La station de métro La Fourche à Paris, le 24 avril 2020. © Geoffroy van der Hasselt, AFP (archives)

Ni télétravail, ni marche à pied ou vélo ne sont envisageables, sans parler d’une hypothétique résidence secondaire. Pour éviter les désagréments, « je vais taper sur mon GPS et changer d’itinéraire », suppose-t-il.

« Déjà sans les JO, la ligne 13 est bondée », se résigne Nafi Olouchy, 62 ans et infirmière à l’hôpital. Elle non plus n’a d’autre choix que de travailler pendant les Jeux, car les fonctionnaires de l’hôpital public sont fortement incités à ne pas poser leurs congés sur cette période. « Je vais devoir supporter et subir le trafic pendant la période des JO, et tous mes collègues aussi d’ailleurs », précise-t-elle.

Yaya Fofana, préparateur de colis habitant Saint-Ouen, est résigné : « Ça va être compliqué », glisse-t-il. Pour autant, ce sera « une grande fête », veut-il retenir. « Moi, j’adore les Jeux olympiques », lance-t-il avant de s’insérer difficilement avec son fils en poussette dans une rame bondée.

Avec AFP

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