La lutte contre la soumission chimique, un fléau encore méconnu et sous-estimé

La lutte contre la soumission chimique, un fléau encore méconnu et sous-estimé

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La soumission chimique est le fait de droguer une personne pour annihiler sa volonté dans le but de commettre un crime ou un délit. Nos invitées ne connaissent que trop bien ce fléau. Sandrine Josso, députée de Loire-Atlantique, a consommé de l’ecstasy à son insu chez un « ami ». Quant à Caroline Darian, elle a fondé l’association « M’endors pas, stop à la soumission chimique » après avoir découvert que son père avait, pendant des années, drogué sa mère avant de l’offrir, inconsciente, a des dizaines d’hommes. Elles nous racontent leurs histoires.

Ce soir de novembre 2023, Sandrine Josso se rend chez un ami sénateur pour fêter sa réélection. Après une première coupe de champagne qu’il lui sert, elle commence à se sentir mal et trouve étrange son attitude – il insiste pour la resservir, dit-elle, il allume et éteint la lumière, et elle aperçoit un sachet blanc dans ses mains lorsqu’il va la resservir dans la cuisine.

Paniquée, elle pense avoir été droguée mais trouve la force de partir avant de succomber complètement à ce que les analyses prouveront être une ingestion d’ecstasy. L’homme en question est le sénateur Joël Guerriau, qu’elle connaît depuis dix ans. Il a reconnu la présence d’ecstasy chez lui, mais a expliqué que la drogue était destinée à sa propre consommation. Il explique avoir demandé à un collègue un « euphorisant » parce qu’il se trouvait dans une phase compliquée, entre mort récente de son chat et troisième chimio d’un ami. Véritable accident ou tentative de soumission chimique, comme le croit Sandrine Josso ? L’enquête est en cours.

Après cet événement, Sandrine Josso a rencontré Caroline Darian, fondatrice et présidente de l’association « M’endors pas, stop à la soumission chimique ». Cadre en communication, elle aussi a découvert l’envers du décor de ce qu’elle pensait être une famille unie. Mais en 2020, elle apprend que son père n’est pas l’homme qu’elle croyait. Que pendant presque dix ans, de janvier 2011 à novembre 2020, il a drogué sa femme pour la livrer à des inconnus.

Les policier·es découvrent cette sordide affaire de soumission chimique de manière fortuite, lorsque le téléphone portable et l’ordinateur du retraité sont saisis : trois clientes d’un supermarché l’accusent d’avoir filmé sous leurs jupes dans un supermarché de Carpentras. Dans la mémoire des objets saisis, la police découvre des milliers de photos et vidéos à caractère pornographique mettant en scène son épouse droguée et inconsciente, agressée sexuellement par des dizaines d’hommes différents. Au total, 92 viols sont répertoriés, commis par 83 individus. L’enquête a permis d’en identifier 51, qui comparaîtront pour viol aggravé au côté de l’époux. Mais certains n’ont pas compris ce qu’on leur reprochait, puisque « c’est sa femme, il fait ce qu’il veut avec ».

Cette famille qu’elle croyait connaître, et cet homme dont elle était proche, Caroline Darian en parle dans son livre « Et j’ai cessé de t’appeler Papa« . Elle y désigne son « géniteur » comme « le plus grand prédateur sexuel des vingt dernières années ». Pour se reconstruire et aller de l’avant après l’horreur, elle se mobilise ; le Premier ministre Gabriel Attal doit mettre en place prochainement une mission gouvernementale sur le sujet, pour étudier l’ampleur du phénomène et les solutions de prévention. Car il y a énormément à faire.

En un an, de 2021 à 2022, les plaintes et appels sont passés de 700 environ à près de 2 000. Le Covid et ses confinements multiples expliquent en partie l’explosion des chiffres, car le viol est un crime de proximité. Une autre piste est celle d’une meilleure prise en compte des symptômes, de la libération de la parole pour les femmes qui ont l’impression d’avoir été prises au piège de la soumission chimique. Certains produits utilisés par les agresseurs peuvent entraîner des amnésies et sont d’ailleurs choisis pour cette raison, comme le GHB, dit « drogue des violeurs ». La plupart du temps utilisée dans un bar ou en discothèque, le GHB et son aspect « festif » ont longtemps masqué la plus large réalité de la soumission chimique : dans 85 % des cas, les viols ont lieu dans le cadre du domicile.

 

Si vous pensez avoir été victime de soumission chimique, vous pouvez contacter les services suivants (pour la France) :

France Victime : 116 006

Violences Femmes Info : 3919

Dispositif Drogues Info Service : 0 800 23 13 13 (8h-2h)

Centre d’Addictovigilance de Paris : 01 40 05 42 70 (du lundi au vendredi, de 09h à 18h)

Pour soutenir « M’endors pas », vous pouvez faire un don sur cette page.

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