La difficile genèse du Centre aquatique olympique de St-Denis inauguré par Emmanuel Macron

La difficile genèse du Centre aquatique olympique de St-Denis inauguré par Emmanuel Macron

La fin d’un long feuilleton. Le président français, Emmanuel Macron, a inauguré, jeudi, le Centre aquatique olympique, seul site sportif pérenne construit à l’occasion des JO. L’infrastructure, située en face du stade de France, à Saint-Denis, a connu une naissance difficile, avec une facture rallongée mais une possibilité d’accueil décevante.

Le village olympique, la Marina de Marseille … Une à une les inaugurations se succèdent en vue des JO de Paris qui débutent le 26 juillet prochain. Jeudi 4 avril, Emmanuel Macron a ainsi inauguré le Centre aquatique olympique de Saint-Denis, qui accueillera les épreuves de natation synchronisée, de plongeon et de water-polo des Jeux de Paris. Un vieux projet français dont la genèse aura été mouvementée.

Le président français a souligné que ce site, le seul pérenne construit pour les JO de l’été prochain – auquel on pourrait cependant ajouter l’Arena porte de la Chapelle qui a également reçu son financement grâce aux Jeux – « permettra d’apprendre à nager », un « défi » car « il y a encore beaucoup d’injustice en la matière ».

À lire aussiJO-2024 : Paris, Seine-Saint-Denis, Marseille, Tahiti… Où auront lieu les compétitions ?

Il s’agira donc d’un héritage important pour la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France où un élève sur deux ne sait pas nager à l’entrée en sixième, selon les pouvoirs publics.

Mais le centre nautique de Saint-Denis, livré un mois en avance, ne sera pas utilisé pour les épreuves de natation en ligne. Une situation paradoxale qui suscite l’incompréhension chez certains. Ces dernières se dérouleront en effet à l’Arena La Défense, à Nanterre, avec deux bassins provisoires qui, à l’issue des Jeux, seront installés dans deux autres villes de Seine-Saint-Denis, Sevran et Bagnolet.


 

Un coût quasi-doublé

Il y a des naissances difficiles. Celle de cette infrastructure l’a été bien plus que prévu. Dans le dossier de candidature, la piscine olympique devait coûter moins de 70 millions d’euros, un coût affiné à 90 millions d’euros dans le projet définitif déposé en septembre 2017. Sept ans plus tard, elle aura finalement coûté près de 175 millions d’euros, mais sa capacité en nombre de spectateurs est trop petite pour accueillir de futurs championnats du monde de natation

« Cette histoire de piscine, c’est d’une originalité inédite dans l’histoire des JO. On a bricolé un truc pour satisfaire l’équilibre financier mais, au final, la France n’aura pas de piscine olympique », résume à l’AFP Armand de Rendinger, un consultant spécialiste du mouvement olympique, qui explique qu’il faut remonter plus de 20 ans en arrière pour comprendre.

En 2001, à Moscou, lors de la procédure d’attribution pour les JO de 2008, la France est candidate, « mais sans aucune chance de l’avoir », raconte Armand de Rendinger. L’objet de cette candidature est de « préparer celle de 2012 ». Une tentative malheureuse puisque c’est Londres qui décrochera l’organisation.

À cette époque, émerge le projet de construire une piscine olympique, qui manque cruellement à la natation française. Il va ressortir comme une arlésienne à chaque fois que la France va candidater pour les JO d’été.

« Sauf que, quand on a gagné à Lima en 2017, il a fallu se plonger plus sérieusement sur les promesses, dont celle de la piscine », rappelle Armand de Rendinger.


Un projet casse-tête

Très vite, le projet vire au casse-tête. Un rapport de l’Inspection des finances alerte dès 2018 sur un dépassement probable assez important, évaluant le coût à près de 260 millions d’euros. Impossible vu les contraintes budgétaires. « Il fallait du coup à tout prix réduire le montant de la piscine », explique Armand de Rendinger.

Les scénarios de substitution sont alors mis sur la table. « On a su assez vite qu’il y avait un souci », rappelle David Roizen, expert auprès de la fondation Jean-Jaurès.

Deux constructeurs se mettent sur les rangs, Vinci et Bouygues. C’est le deuxième, à la tête d’un consortium, qui empoche le lot en avril 2020, pour 175 millions d’euros, mais avec une case en moins par rapport au cahier des charges : il ne pourra y avoir que 5 000 spectateurs. Trop peu pour la Fédération internationale qui impose un minimum de 15 000 places pour les épreuves de natation de niveau mondial, excluant de facto la France pour des mondiaux de natation et des JO.

Un héritage à faire fructifier

Le Centre aquatique olympique (CAO), connecté au Stade de France par une passerelle enjambant l’autoroute A1, accueillera donc natation artistique, plongeon et épreuves qualificatives de water-polo, et pas la natation en ligne, pourtant sport roi des Jeux.

En guise de consolation, le CAO accueillera les championnats d’Europe de natation en 2026, une première depuis 1987 pour la France, ainsi que le pôle France de plongeon.

Construit sous maîtrise d’ouvrage de la Métropole Grand Paris, le bâtiment de 20 000 m2, avec une structure en bois bas carbone, offrira quatre bassins: bassin d’apprentissage, bassin ludique, bassin de compétition et bassin de plongeon.

« Ça reste une énorme avancée pour le savoir nager en Seine-Saint-Denis, pour l’un des départements les moins bien lotis en équipements », assure un élu sous couvert d’anonymat.

Une poignée de nouvelles piscines, comme le complexe de Marville à La Courneuve, et des bassins rénovés pour le territoire sont également nés de ces JO. « Grâce aux Jeux et aux deux plans piscines initiés avec le département, ce sont 18 nouveaux bassins sur dix piscines qui ont été construites ou rénovées, qui pourront être léguées aux habitants », indique ainsi l’Élysée

Reste à les faire fructifier.

Avec AFP

 

Source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *