La Côte d’Ivoire en chantier : sprint final avant la CAN-2024

La Côte d’Ivoire en chantier : sprint final avant la CAN-2024

Correspondante à Abidjan – Moins d’un mois avant le coup d’envoi de la 34e édition de la Coupe d’Afrique des nations qui se déroulera du 13 janvier au 11 février en Côte d’Ivoire, c’est le sprint final pour les organisateurs. Infrastructures sportives et touristiques : le pays sera-t-il prêt à temps ? Les autorités assurent que oui.

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Quarante ans après la première édition de la CAN organisée par le pays, où seules huit équipes participaient dans deux stades, les autorités ont vu les choses en grand. Leurs deux stades ont été entièrement rénovés et quatre autres sont sortis de terre depuis. Interrogé sur l’avancée des travaux à Ebimpé – plus grand stade d’Abidjan qui peut accueillir jusqu’à 60 000 supporters – le ministre du Tourisme, Siandou Fofana, l’assure : “Les travaux de rénovation sont complètement achevés, le stade est magnifique et prêt à recevoir les équipes.”

Pelouse maudite au stade Ebimpé

Ce stade aura pourtant causé bien des soucis aux autorités ivoiriennes. Construit par la société chinoise Beijing Construction Engineering Group et inauguré en octobre 2020, l’enceinte doit être fermée seulement un an après. En cause : la pelouse, qui pose des risques de blessures pour les joueurs. Une rallonge de 20 milliards de francs CFA, soit 30 millions d’euros, est allouée pour des travaux. Son coût total s’élève ainsi à près de 250 millions d’euros, ce qui en fait un des stades les plus coûteux au monde. Mais cela n’empêche pas la pelouse de poser de nouveau problème en septembre 2023 : alors que le stade accueille le match amical Côte d’Ivoire – Mali, elle est totalement inondée à la suite d’une forte pluie, menant à l’interruption de la rencontre.

“Cet incident peut être considéré comme une bénédiction car il nous a permis de renforcer nos dispositifs et de redoubler de précautions” affirme aujourd’hui la Cocan, qui se dit “confiante” quant à la qualité des installations.

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Hébergement

Autre sujet de préoccupation pour les organisateurs : la question de l’hébergement. Les quatre hôtels appartenant à l’État ont tous fait peau neuve pour la compétition. Pour la seule rénovation du mythique hôtel Ivoire à Abidjan, qui accueillera le QG de la CAF pendant la compétition, l’État a déboursé 68 millions d’euros. Reste que les infrastructures de standing suffisants pour accueillir les sélections nationales et les officiels de la CAF n’étaient pas pléthoriques dans le pays.

De l’aveu d’une source au Cocan : “Le défi majeur était de trouver des établissements qui conviennent à ces exigences” notamment dans les villes de l’intérieur du pays. Des cités CAN ont été construites pour accueillir les équipes, mais certaines ont refusé d’y être hébergées. C’est le cas notamment de l’équipe marocaine à San Pedro ou de l’Algérie à Bouaké.

L’intérieur d’une cité CAN qui doit accueillir quatre sélections nationales pendant la CAN. © Cocan

Le ministre du Tourisme l’admet, tout en chargeant le précédent ministre des Sports Paulin Danho – limogé depuis : “L’embellissement n’était pas suffisant quand ils ont été présentés aux équipes.” Depuis de nouveaux travaux ont été réalisés. Avant de relativiser : selon lui, la véritable raison qui pousse certaines équipes à refuser ces hébergements, c’est le fait que quatre sélections nationales soient logées au même endroit, ce qui “leur pose certainement des problèmes de confidentialité pour la préparation des matches”.

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Seulement 1 000 lits disponibles à Bouaké

Au-delà de la question de l’hébergement des officiels, se pose également celle des supporters. À Bouaké notamment, où le stade de la Paix peut accueillir 40 000 personnes, il n’y a que 1 000 lits d’hôtels disponibles. “La ville a souffert des affres de la guerre” rappelle le ministre pour expliquer cette situation. “Une solution serait de dormir à Yamoussoukro, à seulement 2 heures de route, où l’offre est plus importante” suggère-t-il. Dans cette perspective, la Cocan compte mettre en place des “zones de passages temporaires” avec des sanitaires.

À San Pedro, où l’offre hôtelière semble également trop peu importante, notamment au regard du fait que la ville accueillera la sélection marocaine qui figure parmi les favoris de la compétition, un bateau sera amarré à quai pour loger les supporters.

Fanzones

Accueillir les supporters venus des quatre coins du continent, c’est également proposer suffisamment de fanzones. Six sont prévues sur l’ensemble des villes hôtes, dont deux à Abidjan. À ce jour, les contrats avec les partenaires qui les gèrent ne sont pas encore tous signés, confirme le responsable fanzone du Cocan, Stéphane Docklo, sans donner d’explication sur les raisons. En cause, d’après une source proche du dossier : le fait que le Cocan soit dans le rouge budgétairement. La primature voudrait ainsi mener des audits pour renégocier certains montants alloués aux fanzones.

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Villages de supporters

Le Cocan entend aussi autoriser la création des Villages Akwaba, lieu de diffusion des matches et de rassemblement de supporters. À Abidjan, certains des villages les plus importants en matière de capacité d’accueil n’ont pas encore reçu d’agrément. C’est le cas de ceux prévus par le chanteur de Magic System, A’Salfo, dans plusieurs communes d’Abidjan ou encore les Agora, ces centres sportifs et culturels gérés par la société WinWin Afrique. “Nous avons eu plus de 300 demandes, et nous avons commencé à donner les agréments la semaine dernière. Une vingtaine de sites ont pour le moment été agréés, et cela va continuer ces prochaines semaines” explique Stéphane Docklo. Pour être agréés, ces villages de supporters doivent répondre à des normes sécuritaires et aux exigences de marketing en vigueur.

L'Agora d'Abobo à Abidjan, en attente de son agrément pour servir de village CAN.
L’Agora d’Abobo à Abidjan, en attente de son agrément pour servir de village CAN. © Société Winwin Afrique

Certains sites qui doivent servir de village Akwaba sont encore en plein travaux. C’est notamment le cas de l’Agora de Port-Bouet. “C’était un désert de sable quand on est arrivés au mois de juillet. C’est le rush, on travaille 24h/24, 7 jours sur 7 pour pouvoir livrer avant la CAN” nous explique une source qui travaille sur ce chantier.

Un retard qui s’explique en partie, d’après cette même source, par les difficultés faites par les autorités ivoiriennes pour honorer leur part du contrat. La société française Alamo, qui gère ce chantier, avait négocié avec le ministère du Commerce que tous les matériels importés de l’étranger pour la réalisation de ces travaux soient exonérés de taxe douanière et de TVA. Mais lorsque le chantier débute, cette exonération n’est pas effective. C’est après plusieurs semaines que le ministère du Commerce a finalement délivré des dérogations exceptionnelles.

“Pour le matériel qui vient de l’étranger cela a représenté un surcoût de 20 % pour les entreprises qui sous-traitent la construction du chantier. Ce matériel, bloqué au port, est arrivé en retard. Et il faut dire que cela a aussi démotivé certains à travailler vite.” Le chantier devrait néanmoins être finalisé à temps. Car ici, comme aux quatre coins du pays, tous les acteurs – tant privés que publics – s’activent désormais pour battre le compte à rebours avant le coup d’envoi de la compétition.

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