Gabriel Attal, un nouveau Premier ministre pour quoi faire ?

Gabriel Attal, un nouveau Premier ministre pour quoi faire ?

Le ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal a été nommé mardi, à seulement 34 ans, Premier ministre par Emmanuel Macron, qui espère avec ce choix relancer son quinquennat. La ligne politique devrait toutefois rester la même : celle décidée et dictée par le président de la République.

Fin du flottement. À 34 ans, Gabriel Attal a été nommé Premier ministre, mardi 9 janvier, en remplacement d’Élisabeth Borne. Son visage de jeune premier, sa personnalité allante, son dynamisme et ses qualités de fin communicant sautent aux yeux. Une sorte d’anti-portrait d’Élisabeth Borne en somme, dont la mission première sera de donner un nouveau souffle politique à un quinquennat qui, moins de deux ans après son lancement, en a déjà besoin.

« Le plus jeune président de la République de l’histoire nomme le plus jeune Premier ministre de l’histoire. Je ne veux y voir qu’un seul symbole : celui de l’audace et du mouvement », a déclaré Gabriel Attal, mardi après-midi, lors de la passation de pouvoir avec Élisabeth Borne.

Il s’agira donc dans un premier temps de tirer un trait sur une année 2023 marquée par une réforme des retraites passée au forceps et une loi immigration qui a divisé la majorité présidentielle. Pour Emmanuel Macron, remplacer Élisabeth Borne par Gabriel Attal est une façon de faire oublier le visage qui a incarné les difficultés du gouvernement sur ces deux textes majeurs, ainsi que les 23 recours à l’article 49.3 de la Constitution.

C’est aussi pouvoir compter sur une figure populaire. L’ancien ministre de l’Éducation nationale a pris en décembre la première place du classement des personnalités politiques avec 40 % d’opinion favorable, selon le dernier baromètre politique Ipsos, devant Édouard Philippe (39 %), Marine Le Pen (37 %), Jordan Bardella (36 %), Marion Maréchal (30 %), et loin devant les ministres Bruno Le Maire (29 %), Gérald Darmanin (29 %) ou Olivier Véran (26 %).

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Mais au-delà de l’effet cosmétique, Gabriel Attal jouera surtout un rôle politique. Sa première mission sera de tenter de panser les plaies laissées béantes au sein de la majorité par le vote, avec le parti Les Républicains (LR) et le Rassemblement national (RN), d’une loi immigration qui emprunte aux fondamentaux de l’extrême droite. La tâche ne sera pas aisée, mais Emmanuel Macron a sans doute jugé que ce profil plutôt consensuel serait plus à même d’y parvenir que celui d’un Sébastien Lecornu ou d’un Gérald Darmanin, tous deux issus de LR.

Gabriel Attal devra également mener la bataille des élections européennes, prévues en juin. Largement distancée dans les intentions de vote par le Rassemblement national – 27 % pour le RN contre 19 % pour Renaissance et ses alliés, selon le dernier sondage OpinionWay pour Les Échos –, la liste de la majorité présidentielle a grandement besoin d’un Premier ministre dont la voix pourra être audible des électeurs et capable de les mobiliser.

Un enfant du macronisme

Cette nomination est donc d’abord un coup politique pour le président de la République qui espère trouver un nouvel élan. L’arrivée de Gabriel Attal à Matignon se traduira-t-elle pour autant par un changement de ligne politique ? Difficile de répondre par l’affirmative.

En le préférant à une personnalité issue de la droite, Emmanuel Macron montre qu’il souhaite voir perdurer l’esprit du « en même temps », ce qu’il explicite d’ailleurs dans son message posté sur X, y évoquant « la fidélité à l’esprit de 2017 : dépassement et audace ».

L’expérience Élisabeth Borne a toutefois démontré qu’il n’y avait pas besoin de sortir des rangs du parti Les Républicains pour mener une politique marquée à droite. Parmi les principaux textes portés par l’ancienne Première ministre, pourtant présentée comme une femme de gauche, nombreux ont été des textes de droite : retraites, immigration, réforme de l’indemnisation chômage, réforme du RSA.

Quant à Gabriel Attal, on retiendra notamment de son court passage au ministère de l’Éducation nationale – moins de six mois – sa volonté de rétablir l’autorité dans les écoles. Un discours qui s’est traduit par une interdiction du port de l’abaya, considéré par le gouvernement comme un vêtement religieux, et une expérimentation sur le port de l’uniforme. Deux mesures davantage soutenues par la droite que par la gauche.

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Et même s’il a milité dix ans au Parti socialiste entre ses 16 et ses 26 ans et qu’il fut membre, durant le quinquennat de François Hollande, du cabinet de la ministre de la Santé Marisol Touraine, Gabriel Attal est avant tout un enfant du macronisme. Fidèle parmi les fidèles du chef de l’État, qu’il a soutenu dès 2016 et à qui il « doi[t] tout », selon ses propres mots, le nouveau Premier ministre ne devrait pas faire de pas de côté.

Le contexte politique reste inchangé

D’abord parce qu’Emmanuel Macron ne laisse pas beaucoup d’autonomie à ses chefs de gouvernement, mais aussi parce qu’il y a de grandes chances pour que la future équipe gouvernementale ressemble fortement à la précédente. Comme ses prédécesseurs, Gabriel Attal mènera donc la politique décidée par l’Élysée.

« Cher Gabriel Attal, je sais pouvoir compter sur votre énergie et votre engagement pour mettre en œuvre le projet de réarmement et de régénération que j’ai annoncé », a d’ailleurs précisé Emmanuel Macron sur X, en référence à ses vœux aux Français prononcés le 31 décembre, lors desquels le président a parlé de « réarmement économique », de « réarmement de l’État et de nos services publics » et de « réarmement civique ».

Des formules qui entretiennent un certain flou, mais qui pourraient laisser penser que l’accent sera mis ces prochains mois sur l’éducation, avec toujours en toile de fond cette idée de rétablir « l’ordre, l’ordre, l’ordre », comme l’avait répété Emmanuel Macron en juillet, un mois après les violences urbaines déclenchées par la mort du jeune Nahel.

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Lors de la passation de pouvoir avec Élisabeth Borne, Gabriel Attal a en tout cas insisté sur ce dossier : « J’emmène avec moi, ici à Matignon, la cause de l’école. Je réaffirme l’école comme étant la mère de nos batailles, celle qui doit être au cœur de nos priorités et à qui je donnerai comme Premier ministre tous les moyens d’action nécessaires pour sa réussite. Elle sera l’une de mes priorités absolues dans mon action à la tête du gouvernement. Il y aura de ce point de vue une forme de continuité », a-t-il affirmé.

Si les têtes changent, le contexte politique reste en revanche le même. Les difficultés rencontrées par Élisabeth Borne seront les mêmes pour Gabriel Attal : une majorité relative à l’Assemblée nationale, l’obligation presque systématique de devoir s’entendre avec LR pour voter des lois, la nécessité de recourir au 49.3 sur les textes budgétaires et un président de la République adepte des annonces décidées – et parfois improvisées – en tout petit comité, sans en informer son Premier ministre.

La dernière idée en date concerne le fameux « grand rendez-vous avec la nation » promis pour la mi-janvier. Le mystère entoure toujours son contenu. Gabriel Attal devrait bientôt pouvoir percer le secret des dieux.

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