Affaire Polanski : jugé à Paris pour diffamation, où en sont les accusations contre le cinéaste ?

Affaire Polanski : jugé à Paris pour diffamation, où en sont les accusations contre le cinéaste ?

Le réalisateur Roman Polanski sera jugé pour diffamation, mardi, à Paris, après avoir qualifié de « mensonge odieux » les accusations d’agression sexuelle de l’actrice britannique Charlotte Lewis. Le cinéaste, qui a remporté trois Oscars et une Palme d’Or, a été mis en cause par plusieurs femmes  au fil de sa carrière. Retour sur ces différentes affaires.

Considéré comme un fugitif par la justice américaine depuis 1977, le réalisateur Roman Polanski va se retrouver en France sur le banc des accusés. Le cinéaste franco-polonais sera jugé, mardi 5 mars, pour diffamation, après avoir qualifié de mensonges les accusations d’abus sexuels de l’actrice britannique Charlotte Lewis.

Le réalisateur âgé de 90 ans, qui habite à Paris, ne se présentera pas à l’audience devant la 17e chambre du tribunal correctionnel, ont fait savoir ses avocats qui le représenteront. Charlotte Lewis, 56 ans et domiciliée au Royaume-Uni, sera pour sa part présente. 

Roman Polanski, qui a gagné trois Oscars et une Palme d’Or, a régulièrement été accusé d’agressions sexuelles et viols au fil de sa carrière. Des accusations pour des faits tous prescrits, qu’il a toujours contestés et qui ne l’ont pas empêché de travailler. 

Les accusations de Charlotte Lewis

L’actrice britannique Charlotte Lewis lors d’une conférence de presse à Los Angeles, le 14 mai 2010. Reed Saxon, AP

En mai 2010, en plein festival de Cannes, l’actrice britannique Charlotte Lewis avait accusé le réalisateur de l’avoir « agressée sexuellement » lors d’un casting organisé chez lui à Paris en 1983, alors qu’elle avait 16 ans. Elle n’avait pas porté plainte mais avait témoigné auprès de la police de Los Angeles.

Neuf ans plus tard, en décembre 2019, Roman Polanski avait qualifié ces accusations de « mensonge odieux », dans un entretien à Paris Match.  « Voyez-vous, la première qualité d’un bon menteur c’est une excellente mémoire. On mentionne toujours Charlotte Lewis dans la liste de mes accusatrices sans jamais relever (ses) contradictions », avait déclaré le réalisateur.

Roman Polanski évoquait alors des propos attribués à l’actrice dans un entretien publié vingt ans plus tôt, en 1999, par le tabloïd britannique News of the World. « Je voulais être sa maîtresse (…) Je le désirais probablement plus que lui ne le voulait », était-il écrit dans cet article. Une citation « pas exacte », avait dénoncé dès 2010 Charlotte Lewis.

 Après l’entretien de Roman Polanski paru dans Paris Match, l’actrice avait porté plainte pour diffamation, conduisant au renvoi du réalisateur devant le tribunal – le renvoi est quasi automatique en droit de la presse, où le fond des accusations est examiné à l’audience. Les avocats de Roman Polanski contestent toute diffamation dans les propos de leur client à Paris Match : « Roman Polanski a le droit de se défendre publiquement, au même titre que celle qui l’accuse », a déclaré Me Delphine Meillet, qui le défend avec Me Alain Jakubowicz. « Salir, discréditer, diffamer ça fait partie intégrante du système Polanski, c’est ce que dénonce avec beaucoup de courage Charlotte Lewis », a de son côté affirmé l’avocat de cette dernière, Me Benjamin Chouai.

L’affaire Samantha Galley

Le réalisateur Roman Polanski quittant la cour de justice de Santa Monica en octobre 1977.
Le réalisateur Roman Polanski quittant la cour de justice de Santa Monica en octobre 1977. © Wikimedia

Le 11 mars 1977, Roman Polanski, alors âgé de 43 ans, est arrêté, accusé d’avoir drogué et violé la veille Samantha Gailey, une adolescente de 13 ans, lors d’un reportage photo dans la villa de Jack Nicholson à Hollywood. Dans ses « Mémoires » (1984), il reconnaît une relation sexuelle mais dément le viol. 

« J’ai été prise en photo par Roman Polanski et il m’a violée », témoignera pourtant dans un livre Samantha. Devant un grand jury, elle affirme qu’il lui a fait prendre un sédatif avant d’avoir des rapports sexuels avec elle. « Il ne voulait pas me faire de mal (…) mais il ne comprenait pas que j’étais trop jeune. Il ne voyait pas que j’avais peur ». 

Inculpé quelques jours plus tard, notamment pour viol, il plaide non coupable. En août 1977, pour éviter un procès public, il change de stratégie et plaide coupable de détournement de mineure. En échange, le juge abandonne les poursuites pour viol avec fourniture et consommation de drogue. Un accord juridique est passé avec le consentement de la famille. Roman Polanski est condamné à trois mois de prison puis est libéré pour conduite exemplaire après 42 jours. 

Mais la veille de l’audience pour homologuer l’accord, le juge fait volte-face, estimant la sentence insuffisante. Roman Polanski, qui a appris qu’il risquait la peine maximum, soit jusqu’à 50 ans derrière les barreaux, s’envole pour Paris le 31 janvier 1978. La justice américaine délivre alors un mandat d’arrêt international.

En 1988, Samantha Gailey porte plainte au civil contre Roman Polanski. Des poursuites auxquelles le réalisateur a mis fin en 1993 par une lettre d’excuses et un accord avec la plaignante, révèlent les médias américains en 2009.

Lors de ses voyages à l’étranger, la justice américaine tente de mettre la main sur le réalisateur. La France et la Pologne (il possède la double nationalité) refusent de l’extrader. Le 26 septembre 2009, il est néanmoins arrêté à Zurich. Il passe deux mois en prison puis est assigné à résidence pendant huit mois dans son chalet à Gstaad. En juillet 2010, la Suisse rejette finalement la demande d’extradition.

Samantha devenue Geimer réclame à plusieurs reprises l’abandon des poursuites. En août 2017, un juge de Los Angeles refuse toutefois de clore l’affaire comme le demandaient l’accusé et sa victime. Roman Polanski est toujours considéré comme un fugitif depuis plus de 40 ans.

Les autres affaires 

Une manifestation organisée lors de la cérémonie des Césars, le 28 mars 2020, avait dénoncé la présence de Roman Polanski alors qu'il venait à nouveau d'être accusé de viol.
Une manifestation organisée lors de la cérémonie des Césars, le 28 mars 2020, avait dénoncé la présence de Roman Polanski alors qu’il venait à nouveau d’être accusé de viol. AFP – LUCAS BARIOULET

Une femme, identifiée comme « Robin », l’accuse en août 2017 d’agression sexuelle lorsqu’elle avait 16 ans. Les faits, qui auraient eu lieu en 1973, sont prescrits. En septembre 2017, Renate Langer, une ancienne actrice, dépose plainte pour viol, affirmant avoir été agressée en 1972 à Gstaad alors qu’elle avait 15 ans. La justice suisse déclare ces accusations prescrites. En octobre 2017, une artiste américaine, Marianne Barnard, accuse aussi le réalisateur de l’avoir agressée en 1975, quand elle avait 10 ans. Les accusations de toutes ces femmes sont « sans fondement », déclarait à l’époque l’avocat du cinéaste, Me Hervé Temime, décédé en avril 2023.

Deux ans plus tard, le 9 novembre 2019, la Française Valentine Monnier affirme que Roman Polanski l’a violée en 1975 en Suisse alors qu’elle avait 18 ans. Elle l’accuse dans le journal Le Parisien, mais elle ne dépose pas plainte pour ces faits, prescrits.

Cette nouvelle accusation a lieu peu avant la sortie de « J’accuse », le film du cinéaste sur l’affaire Dreyfus nommé aux César. Lors de la cérémonie, Roman Polanski est sacré meilleur réalisateur provoquant le départ de l’actrice Adèle Haenel. Cet incident est devenu l’un des symboles de la lutte contre les violences sexuelles dans le milieu du cinéma.

Le cinéaste s’est depuis fait extrêmement discret. Il a tourné en Suisse le film « The Palace », présenté en septembre dernier à la Mostra de Venise – en son absence – mais encore jamais sorti en salles. Très loin de ses grands films comme « Le Pianiste » ou « Rosemary’s Baby », cette comédie avait reçu un accueil glacial et embarrassé en projection de presse.

Son procès en diffamation intervient aujourd’hui alors que le monde du cinéma est secoué par l’affaire Judith Godrèche, qui a porté plainte pour viols sur mineure contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon. Fin février, lors d’une cérémonie des César contrastant nettement avec l’édition 2020 qui avait couronné Polanski, l’actrice avait dénoncé l’utilisation du cinéma comme « couverture pour un trafic illicite de jeunes filles ».

Avec AFP

 

 

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